A ceux qui parlent

Tu es debout sous les lumières

Face à ces gens qui te regardent.

Encore une dernière prière ;

A prendre la parole tu tardes.

La peur te sert déjà la gorge,

Tes yeux se brouillent, tu vois tout flou ;

L’air est brûlant comme dans une forge,

Tu pâlis devant tous ces loups.

Tu revois passer tes débuts :

Sorti d’l’E.N.A. il y a deux ans ;

Et tous ces gens d’eux-mêmes imbus,

Et tous leurs regards méprisants.

C’est contre eux que tu t’es battu

Pour monter dans les premiers rangs,

Tu t’es menti, tu as vaincu

Pour te placer parmi les grands.

Mais aujourd’hui tout est fini,

Tu l’as voulu et médité ;

Tu vas trahir tout les partis

Pour proclamer la vérité.

Tu entends déjà les huées,

Tes craintes s’envolent et tu te lances…

La foule t’écoute, les yeux embués

Elle vient de te donner ta chance.

Maintenant tu sais que la vérité,

Lorsqu’on la proclame sans ciller,

N’est pas forcément méprisée :

Le pus dur est d’oser parler.